Je prends enfin ma plume pour vous conter nos terribles aventures en Argentine, comprenez dans ce sens : quelle tristesse d’être jeune, d’être en voyage en Argentine et d’avoir un boulot dans une ONG passionnante !
C’est vrai, être loin de l’hiver, du froid et de la neige pour noël alors que nous profitons pleinement de nos 30° allongés dans un parc ! Qui peut bien nous plaindre ?
Certainement pas nous, qui vivons cette vie comme une parenthèse enchantée, et pour qui les expériences les plus communes semblent extraordinaire (on mange des fraises en novembre pour 0,50 centimes !)
Pour tout dire, notre vie ici est faite d’une multitude de petites choses, on s’allonge dans des parcs en réfléchissant à quelques phrases lues dans un roman argentin «¿ Acaso hay alguna revolucion que pueda compensar la pena de los hombres o se trata, simplemente, de un sueno imposible ? » pendant que de l’autre côté de la mer, la France suffoque de ses crises sociales. On déguste des glaces au Dulce de leche chez Freddo, on s'invite chez d’autres amis du bout du monde pour faire une grande parrilla (des kilos de viande, et des litres de bière tout ça servi sur un air de rock latino...avis aux amateurs... !) ou autre option, on remplit sa semaine d’événements culturels quasiment gratuits a Buenos aires (concerts de percussions, spectacle de danse contemporaine et théâtre).
Le reste du temps, il nous en reste encore, on travaille comme des gens normaux sauf que nous, nous ne sommes pas payés ! J’ai toujours pensé d'un regard exterieur que c’était injuste et ingrat le statut qu'impliquait le stage à l'interieur d'une entreprise, mais en devenant moi même stagiaire, je perçois à quel point mon travail prend de la valeur du fait de sa gratuité. Quand un stagiaire fait quelque chose, et que ses supérieurs lui offrent et le respect et la reconnaissance d’un travail exécuté sur la seule motivation de la personne, c’est très valorisant pour nous...et on apprend beaucoup, le bureau est comme l’IEP, une micro société où se mêlent drames et complots, histoires de pouvoir, cercle de femmes hiérarchisant une organisation qui se veut pour le changement social et l’égalité...Tout en conservant les castes et Rosita (la cuisinière enceinte de Mme Inès, présidente de notre ONG) !
On pourrait devenir amer face à cette réalité, mais en fait on devient simplement plus fort. Blindés ou aveugles, les avis divergent, encore est-il qu’après trois mois ici, nous nous sentons largement acceptés, avalés par cette mégalopole, nous marchons toute la journée sur cette réalité, nous la piétinons quelque fois sans le vouloir mais toujours reste en nous cette idée forte d’éthique.
Reste à savoir si l’éthique peut diriger notre vie ici, difficile alors de profiter de notre pouvoir d’achat sans se poser des questions...